Ti-Mano

« Il ne faut pas briser un rêve, même s’il vous semble un peu fou… », Chante Ti-Mano dans Rêve brisé. D’ailleurs, chante ou rappe Ti-Mano ? À vous d’en décider. Lui sans ambigüité est un artiste, au sens plein du terme (regarder, écouter, transcrire).
Enfant, au Sel de Bretagne, il prend des cours d’accordéon diatonique, et dès 10 ans il écume les Fest-noz. Pour lui l’enfant d’Haïti c’est peut être alors sa façon d’être breton.
Le rap arrive par le texte et la révolte adolescente.
D’open-mic en open-mic, le premier projet aboutit : Je me plains aux as. Punchline déjà, qui joue avec la langue comme on joue avec un danger. Puis la volonté de rompre avec les usages traditionnels du Hip-Hop le pousse à reprendre son accordéon. Ce sera sa marque de fabrique.
Quand on rencontre Ti-Mano avec son look presque dandy et ses joues de poupon classieux on ne l’oublie pas, quand on le voit sur scène avec sa voix râpeuse et élégante on ne l’oublie pas non plus. Affublé qu’il est de son accordéon diatonique numérique qu’il utilise comme un synthétiseur.
Le décor est planté, reste à le nourrir.
Ti-Mano est né Emmanuel en Haïti, est devenu Florentin à 3 ans dans sa famille adoptive et après un voyage en 2013, à la recherche des ses racines, il est devenu le petit Emmanuel. Ses allers-retours entre ses deux cultures fournissent la trame racée de ses mots loin d’un rap de rue dont il ne saurait que faire. Même si on découvre à travers ses textes, ci et là que les frasques et les erreurs ne l’ont pas épargné. En digne rappeur, il parle de lui, un lui qui tend vers le nous. Sans être donneur de leçons, Ti-Mano sait ce qu’il a à dire et le dit avec finesse et humour. Sa musique lorgne parfois vers un swing jazz délicieusement suranné, seconde marque de fabrique.
Depuis trois ans Ti-Mano se construit, réfléchit, et gagne des tremplins : le Pic d’or à Tarbes ou plus récemment le prix du jury de l’Ampli Ouest France qui lui permet aujourd’hui de pouvoir enregistrer ce premier EP. Plus jeune que ses cousins artistiques, de M.A.P. à Oxmo Puccino en passant par Abd al Malik, il en a à la fois la culture et le recul nécessaire pour écrire une nouvelle page du rap Français. Un rap à l’accordéon.

Olivier Bas

"Avec TI-MANO, on a le sentiment que son univers très personnel
a quelque chose d’universel. C’est la définition d’un artiste."

Ouest-France